Biographie de l'auteur

-Emile Zola:


Écrivain français (Paris 1840-Paris 1902).


 1840-1858
Émile Édouard Charles Antoine Zola naît le 2 avril 1840 à Paris, 10, rue Saint-Joseph. Il est le fils de François Zola (1795-1847), qui, né à Venise, a fait ses études à Padoue, a été officier d'artillerie, est venu en France pour échapper à la domination autrichienne et, après avoir été officier de la Légion étrangère en Algérie (1831-1832), s'est installé à Marseille comme ingénieur civil. Au cours d'un voyage à Paris, François Zola a remarqué et épousé (en 1839) Émilie Aubert, fille d'un artisan peintre-vitrier et d'une couturière, Louis et Henriette Aubert, d'origine beauceronne.
   En 1843, les Zola s'installent à Aix-en-Provence ; François Zola, après de multiples démarches, va réaliser le projet déjà ancien d'un barrage de retenue des eaux dans la gorge des Infernets et d'un canal destiné à alimenter en eau la ville d'Aix. Louis et Henriette Aubert rejoignent leurs enfants en mars 1845. La même année, le jeune Émile Zola voyage à Paris avec sa mère ; ils feront un nouveau séjour à Paris en juillet-août 1846. Le 27 mars 1847, François Zola meurt à Marseille des complications d'une pneumonie qui l'a saisi sur le chantier du canal. Sa veuve, spoliée par d'habiles hommes d'affaires, se débattra sans succès, pendant plus de dix ans, dans le règlement des affaires de la Société du canal Zola. La famille connaîtra désormais la gêne matérielle.
   Tandis qu'à Paris la monarchie de Juillet s'effondre et qu'après quatre ans la IIe République disparaît à son tour à la suite du coup d'État du 2 décembre 1851, le jeune Émile Zola, à Aix, est d'abord élève de la pension Notre-Dame, où il a pour camarades Marius Roux et Philippe Solari, puis, à partir d'octobre 1852, du collège Bourbon, où il est entré en huitième comme pensionnaire. En 1853, il entre en sixième comme demi-pensionnaire. L'année suivante, il va voir défiler sur le cours Mirabeau les troupes qui partent pour la Crimée. Au collège Bourbon, il a pour amis Paul Cézanne, fils du banquier Louis Cézanne, et Jean-Baptistin Baille, fils d'un aubergiste, tous deux plus avancés que lui d'une classe. En quatrième et en troisième, dans la section latin-sciences, il remporte des succès scolaires en toutes matières. Il lit Hugo et Musset, écrit des vers, un roman sur les croisades, une comédie en trois actes et en vers, Enfoncé le pion ! Ces textes ont disparu. Ensuite il joue de la clarinette dans la fanfare du collège, participe aux processions de la Fête-Dieu, va voir les drames et les opéras romantiques, fait de mémorables parties de nage et de chasse dans la campagne aixoise avec ses deux amis : les souvenirs de cette période abondent dans les Nouveaux Contes à Ninon et dans l'Œuvre.
   Mais, en novembre 1857, Henriette Aubert, sa grand-mère, meurt. Aix est de plus en plus inhospitalière pour les Zola. Émilie Zola part pour Paris à la recherche de protections dans son interminable procès. En février 1858, elle appelle à ses côtés son père et son fils. La période aixoise est terminée, non sans déchirement pour l'adolescent, qui abandonne ses amis et un paysage aimé.

 1858-1861
À Paris, Émile Zola entre en seconde au lycée Saint-Louis grâce à la recommandation d'un ami de son père, Maître Labot. Le dépaysement est peu favorable à ses travaux scolaires. Émile échange de longues lettres avec Cézanne et Baille, et écrit des vers. L'été venu, il part pour Aix, où il passe plusieurs semaines. Au retour, en octobre, il est atteint d'une fièvre typhoïde. En 1859, il est élève de rhétorique au lycée Saint-Louis. La Provence, journal d'Aix, publie le poème qu'il a écrit à la mémoire de son père, le Canal Zola. En août, Émile échoue au baccalauréat. Après de nouvelles vacances à Aix, il abandonne ses études. Son grand-père Louis Aubert meurt en 1860. Le jeune homme mène une vie pauvre, oisive et insouciante. D'avril à juin 1860, il travaille comme employé à l'Administration des docks, puis retourne à la bohème. Il compose un long poème, Paolo, et continue une correspondance suivie avec Cézanne et Baille. L'hiver de 1860-1861 est difficile. Zola connaît des moments de misère, physique et morale, qu'aggrave une malheureuse aventure avec une prostituée dont on ne connaît que le prénom, Berthe, et qui a servi de modèle pour le personnage de Laurence dans la Confession de Claude. Il lit Molière et Montaigne, écrit un poème, l'Aérienne, inspiré, semble-t-il, par le souvenir d'une idylle vécue à Aix pendant l'été de 1860. Il visite le Salon avec Cézanne. Il cherche en vain un emploi. Des centaines de vers écrits depuis 1858, il ne nous reste aujourd'hui que quelques poèmes.

 1862-1868
Les anciennes relations de son père le tirent d'affaires une fois de plus. M. Boudet, membre de l'Académie de médecine, le fait entrer le 1er février 1862 chez l'éditeur Louis Hachette comme commis, d'abord au bureau des expéditions, puis au bureau de la publicité, dont il deviendra l'année suivante le responsable. Cet emploi lui permettra de concilier les nécessités de la vie quotidienne et les exigences de sa vocation littéraire. Pendant l'été, Zola écrit trois des futurs Contes à Ninon. Le 31 octobre 1862, il est naturalisé français. Ayant tiré au sort un bon numéro et, au surplus, étant fils de veuve, il ne fera pas de service militaire.
   En 1863, il se détourne des vers sur le conseil, dit-on, de Louis Hachette. Il publie deux Contes à Ninette dans la Revue du mois (avril et octobre) et des articles de critique dans le Journal populaire de Lille (hiver 1863-1864). Il lit Stendhal et Flaubert, et affirme sa sympathie littéraire pour le réalisme. Il prépare pour un rédacteur de la Revue de l'Instruction publique le compte rendu des « Conférences de la rue de la Paix » sur Lesage, Shakespeare, Aristophane, La Bruyère, Michelet, Molière, etc. En décembre 1864 paraît son premier livre, les Contes à Ninon (chez Hetzel), où se côtoient des légendes candides, des visions fantastiques, une nouvelle sur le thème de la partie de campagne et un conte satirique de plus longue haleine.
   En 1865, Zola rencontre Gabrielle Alexandrine Meley, qui devient sa maîtresse et qu'il épousera le 31 mai 1870. Il découvre les Goncourt avec Germinie Lacerteux, lit Taine et Balzac, reçoit le jeudi soir, dans son logement du 142, boulevard Montparnasse, ses amis aixois, Cézanne, Baille, Marius Roux, le sculpteur Philippe Solari. Son emploi chez Hachette, ses Contes à Ninon l'ont fait connaître dans les milieux de la presse et des lettres. Il collabore au Petit Journal, au Salut public de Lyon, au Figaro. Sa doctrine littéraire mûrit. Il définit l'œuvre d'art, dans ses articles, comme « un coin de la nature vu à travers un tempérament ». Il réclame « qu'on applique à la scène cet amour d'analyse et de psychologie que nous donne en ce moment une génération nouvelle de romanciers » (le Salut public, 25 juin 1865). Il écrit la Laide, comédie en un acte en prose, puis Madeleine, drame en trois actes en prose : ces deux pièces, refusées par les directeurs de théâtre malgré l'appui d'Adolphe Belot, resteront longtemps inédites. Mais en novembre paraît son premier roman, la Confession de Claude, roman d'un amour bafoué où passe le souvenir de Berthe et qu'il préparait depuis 1862.
   Le 31 janvier de l'année suivante, Zola quitte la Librairie Hachette. Il ne vivra plus désormais que de sa plume. Il entre, comme courriériste littéraire (les Livres d'aujourd'hui et de demain), à l'Événement, journal fondé le 1er novembre 1865 par le directeur du Figaro, Hippolyte de Villemessant ; il y reste jusqu'au 15 novembre, date de la suppression du journal. Dans l'Événement, il publie également en avril-mai 1866 un Salon, qui fait scandale par son éloge vibrant de Manet. Il séjourne à Bennecourt, au bord de la Seine, près de Mantes, avec Cézanne, qui y peint plusieurs toiles. Il continue à s'enthousiasmer pour Balzac. Il collabore au Salut public de Lyon, au Grand Journal et au Figaro, où il publie notamment des chroniques en forme de nouvelles. En juin paraissent Mes haines
et Mon salon ; en novembre, c'est un roman feuilleton écrit pour l'Événement, le Vœu d'une morte, et, en décembre, une étude sur l'esthétique du roman, Deux Définitions du roman (Annales du Congrès scientifique de France).
   Le 1er janvier 1867 paraît une étude sur Édouard Manet dans la Revue du XIXe siècle, dirigée par Arsène Houssaye ; Zola la publiera en brochure en juin. Il collabore irrégulièrement au Figaro. Sans emploi fixe dans la presse, il vit de nouveau dans la gêne. Mais son réseau d'amis s'est accru : les peintres Antoine Guillemet, Manet, Pissaro, l'écrivain Duranty. Il écrit, à deux sous la ligne, pour répondre aux besoins quotidiens, un roman qui paraît dans le Messager de Provence, journal d'Aix, puis en librairie, les Mystères de Marseille (1867-1868), inspirés d'un fait divers authentique dont le directeur du Messager lui a fourni les éléments. « Il me fallait gagner ma vie, puisque je n'étais pas né à la littérature avec des rentes. » Des Mystères de Marseille, Zola et Marius Roux tirent un drame qui est joué à Marseille en octobre et dont le texte s'est perdu. En décembre paraît Thérèse Raquin : « Étant donné un homme puissant et une femme inassouvie, chercher en eux la bête, ne voir même que la bête, les jeter dans un drame violent, et noter scrupuleusement les sensations et les actes de ces êtres. » Louis Ulbach, dans le Figaro, qualifie ce roman de « littérature putride », ce qui amène Zola à définir la méthode du roman naturaliste et à en défendre la moralité dans sa Préface à la seconde édition (avril 1868).
   Zola lit la Physiologie des passions, du docteur Letourneau, qui lui servira à bâtir le projet des Rougon-Macquart. Il écrit des chroniques sur les faits divers, l'actualité politique et littéraire, le Salon de peinture pour l'Événement illustré. Il collabore également au Globe et à la Tribune, hebdomadaire d'opposition qui s'est fondé en juin 1868, après promulgation de la loi libéralisant le régime de la presse. Il rassemble ses premières notes pour l'Histoire d'une famille en dix volumes, noue des relations amicales avec les Goncourt (novembre) et publie en décembre Madeleine Férat, second roman physiologique sur le thème de l'« imprégnation », qu'il a trouvé chez Michelet (l'Amour, la Femme) et chez le docteur Lucas (Traité de l'hérédité naturelle).

 1869-1871
Zola reçoit Paul Alexis, arrivé d'Aix et qui deviendra un de ses amis les plus proches. Il collabore au Gaulois (reprise des Livres d'aujourd'hui et de demain), au Rappel et à la Tribune, s'affirmant ainsi de plus en plus comme un journaliste d'opposition. Le projet des Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, est accepté par l'éditeur Albert Lacroix. Zola voudrait en faire pour la société du second Empire ce qu'a été la Comédie humaine, de Balzac, pour celle de la Restauration. Il prépare la Fortune des Rougon. En 1870, il publie de violents articles de satire politique dans le Rappel et la Cloche, en les mêlant de quelques chroniques littéraires (sur Balzac, Jules de Goncourt). La Fortune des Rougon paraît dans le Siècle et est interrompue par la guerre. Zola a commencé à écrire la Curée. Le 7 septembre, il part pour Marseille avec sa femme et sa mère afin d'échapper au siège de Paris. Il fonde avec Marius Roux un quotidien, la Marseillaise, qui ne vit que quelques semaines. Il cherche en vain à se faire nommer sous-préfet par la délégation générale du gouvernement de Défense nationale, qu'il va rejoindre à Bordeaux le 11 décembre ; mais, le 21 décembre, il est nommé secrétaire d'un membre de la délégation, Glais-Bizoin. Après l'élection (8 février 1871) de l'Assemblée nationale, qui siège à Bordeaux, il devient chroniqueur parlementaire de la Cloche. Il rentre à Paris le 14 mars 1871, tandis que l'Assemblée va siéger à Versailles. Pendant la Commune, il est partagé entre sa sympathie pour le peuple de Paris et le soutien qu'il pense devoir apporter à Thiers, devenu président de la République, en qui il voit le seul homme politique capable d'imposer la république à une majorité parlementaire monarchiste. Cependant, craignant d'être arrêté comme otage, il va passer la fin du mois de mai à Bennecourt. Il envoie des chroniques au Sémaphore de Marseille en même temps qu'à la Cloche : c'est là qu'on peut trouver son reportage de l'atroce répression qui suivit la défaite de la Commune et, plus tard, le reflet de la vie politique, de la vie parisienne et des arts. En octobre paraît la Fortune des Rougon, qui raconte la résistance des républicains du Var au coup d'État du 2 décembre 1851 et les débuts, à la faveur du coup de force bonapartiste, de l'ascension politique et sociale des Rougon, bourgeois de Plassans (qui n'est autre qu'Aix-en-Provence). En novembre, le parquet de la Seine interrompt la publication de la Curée en feuilleton dans la Cloche : le volume paraît en janvier 1872. Zola y dépeint les amours adultères de Renée Saccard et de son beau-fils Maxime, tandis qu'Aristide Saccard (pseudonyme de Rougon) s'enrichit en spéculant sur les transformations de Paris : curée de la chair et curée de l'or.

 1878-1885
Le succès de l'Assommoir a permis aux Zola de s'installer 23, rue de Boulogne (aujourd'hui rue Ballu). Au printemps de 1878, ils achètent une maison à Médan (9 000 F) ; ils y passeront désormais plusieurs mois par an et y recevront les amis et les jeunes admirateurs de Zola : J. K. Huysmans, Henry Céard, Léon Hennique, Maupassant. L'écrivain continue à publier dans le Bien public, puis dans le Voltaire, qui lui succède à partir de juillet 1878, des articles hebdomadaires où il expose ses thèses sur l'esthétique du roman et du théâtre. En avril 1878 paraît Une page d'amour, roman psychologique dont l'action se déroule dans les appartements cossus de Passy et dont Paris, avec l'océan de ses toitures, « est un des personnages, quelque chose comme le chœur antique ». Le 6 mai, Zola fait jouer un vaudeville, le Bouton de rose, au Palais-Royal ; à partir du 18 janvier 1879, l'Ambigu représente un drame tiré de l'Assommoir par William Busnach et Octave Gastineau. Nana, publié d'abord en feuilleton dans le Voltaire,le Roman expérimental (1880), les Romanciers naturalistes (1881), le Naturalisme au théâtre (1881), Nos auteurs dramatiques (1881), Documents littéraires (1881). De septembre 1880 à septembre 1881, il mène une campagne hebdomadaire dans le Figaro, sur des thèmes tantôt politiques (critique du système parlementaire) et tantôt littéraires (défense du naturalisme, à travers ses propres œuvres et celles de Céard, de Huysmans, d'Alexis, de Maupassant). Le recueil de ses articles paraît en janvier 1882 sous le titre d'Une campagne. Le 29 janvier 1881, Nana, pièce en cinq actes adaptée du roman par William Busnach, connaît le succès à l'Ambigu. En avril 1882 paraît Pot-Bouille, chronique grinçante des mœurs bourgeoises. En novembre, le Capitaine Burle recueille une partie des nouvelles données au Messager de l'Europe. Au Bonheur des damesPot-Bouille. Un second recueil de nouvelles, Naïs Micoulin, paraît en novembre. Le 13 décembre, première, à l'Ambigu, de Pot-Bouille, pièce en cinq actes de W. Busnach.
   Du 23 février au 3 mars 1885, Zola séjourne à Anzin, où il visite les corons, descend au fond de la mine pour préparer Germinal. En mars, il publie la Joie de vivre, dont le héros, Lazare Chanteau, lui doit beaucoup de ses angoisses, de ses tristesses, de ses superstitions même, mais où, malgré tout, il tente de combattre les thèses du pessimisme contemporain. En août 1884 et en août 1885, les Zola séjournent au Mont-Dore, d'où l'écrivain rapporte des notes pour un roman sur les villes d'eau, qui ne sera jamais écrit. Germinal, qui dépeint la vie et les luttes des mineurs du Nord et raconte la préparation, le déroulement et l'issue tragique d'une grève, paraît en mars 1885. L'adaptation du roman à la scène se heurte à la censure, que Zola stigmatise, en octobre-novembre, dans le Figaro. puis chez Charpentier en mars 1880, déclenche un nouveau tapage. La critique, pudibonde et envieuse, s'insurge, mais Flaubert trouve à Zola « du génie ». Il mourra deux mois plus tard, au grand chagrin de Zola. Cependant, celui-ci commence à réunir les études critiques qu'il a publiées depuis cinq ans à Paris et à Saint-Pétersbourg, et publie chez Charpentier
(mars 1883), roman des grands magasins, apparaît, par son principal personnage, Octave Mouret, comme une suite de

 1886-1888
Mars 1886 : l'Œuvre, dont le héros, le peintre Claude Lantier, se tue par désespoir de ne pas réaliser son rêve d'art. On a cru reconnaître comme modèles possibles, selon les divers épisodes, les peintres Paul Cézanne, Édouard Manet, Claude Monet, André Gill, l'écrivain Duranty. Zola y évoque ses propres débuts à travers le personnage de Sandoz. Le 25 février 1887, le théâtre de Paris joue le Ventre de Paris, drame en cinq actes de W. Busnach ; le Théâtre-Libre, dirigé par Antoine, donne le 30 mars Jacques Damour, pièce en un acte tirée d'une nouvelle de Zola par Léon Hennique ; le 16 avril, Renée, pièce tirée de la Curée par Émile Zola, est jouée au Vaudeville ; la critique l'accueille avec sévérité, comme toutes les pièces précédentes de Zola. Tandis que la Terre paraît en feuilleton dans le Gil Blas, cinq écrivains de second rang (Paul Bonnetain, Lucien Descaves, Gustave Guiches, Rosny aîné, Paul Margueritte) publient contre Zola un violent manifeste dans le Figaro du 18 août, en se donnant pour des disciples écœurés par « son violent parti pris d'obscénité ». On soupçonne Goncourt et Daudet de les avoir encouragés. Zola s'abstient de répondre. Le 23 décembre, le Théâtre-Libre donne Tout pour l'honneur, drame en un acte tiré du Capitaine Burle par Henry Céard. Le 21 avril 1888, Germinal, drame en cinq actes de W. Busnach, est joué au Châtelet. Le 14 juillet, Zola est fait chevalier de la Légion d'honneur. En octobre paraît le Rêve, qui est resté longtemps, en raison de son sujet – l'histoire d'une jeune fille mystique dans un décor de conte – la seule œuvre de Zola qu'on acceptât dans les milieux bien pensants. Dans l'été de 1888, Zola s'est épris d'une jeune lingère qui travaillait à Médan, Jeanne Rozerot : elle devient sa maîtresse le 11 décembre 1888. Il vivra désormais une double vie, déchiré entre une affection inaltérable pour Alexandrine et son amour pour Jeanne, qui lui donnera deux enfants, Denise, née le 20 septembre 1889, et Jacques, né le 23 septembre 1891.

 1889-1893
Le 1er mai 1889, le Théâtre-Libre joue Madeleine. En automne, les Zola s'installent dans un hôtel particulier, au 21 bis de la rue de Bruxelles. En octobre, Zola est juré aux assises de la Seine. Mais cette expérience lui servira peu pour la Bête humaine, roman des chemins de fer et roman du crime, qui est presque achevé et qui paraîtra en mars 1890. En 1891, Zola répond à l'enquête de Jules Huret sur l'évolution littéraire : « Je crois à une peinture de la vérité plus large, plus complexe, à une ouverture plus grande sur l'humanité, à une sorte de classicisme du naturalisme. » Dans l'Argent (mars 1891) reparaît Aristide Saccard, le spéculateur cynique de la Curée ; le roman s'inspire du krach de l'Union générale, survenu en 1882, et dépeint les milieux de Bourse. Quelques semaines plus tard, Zola est élu président de la Société des gens de lettres. En revanche, candidat à l'Académie française depuis 1888, il échouera à chaque élection. En avril, il parcourt le champ de bataille de Sedan pour préparer la Débâcle, qui paraîtra en juin 1892 : « La débâcle, écrit-il, ce n'est pas la guerre, seulement, c'est l'écroulement d'une dynastie, c'est l'effondrement d'une époque. » À deux reprises, les Zola visitent Lourdes, en septembre 1891 et en août-septembre 1892 : leur second voyage les conduit à Aix-en-Provence, sur la Côte d'Azur et à Gênes. Le dernier volume des Rougon-Macquart, le Docteur Pascal, paraît en juin 1893. En tête du roman, Zola publie l'arbre généalogique de sa « terrible famille ». Le docteur Pascal tient à la fois de Claude Bernard et de l'auteur ; Clotilde doit beaucoup à Jeanne Rozerot. Le 13 juillet, Zola est fait officier de la Légion d'honneur et, en octobre, il est accueilli en ambassadeur des lettres françaises au Congrès de la presse qui se tient à Londres.

 1894-1897
Deux mois après la publication de Lourdes, premier roman du cycle des Trois Villes (août 1894), et tandis que les Zola se préparent à partir pour l'Italie, où ils séjourneront du 30 octobre au 14 décembre 1894, le capitaine Dreyfus est arrêté et inculpé d'espionnage au profit de l'Allemagne. Il est condamné le 22 décembre, par un conseil de guerre, à la déportation perpétuelle. Zola n'y prête pas d'attention particulière et consacre l'année 1895 à écrire Rome, qui paraît en mai 1896. De décembre 1895 à juin 1896, il publie dans le Figaro une série de chroniques, qui paraîtra en mars 1897 sous le titre de Nouvelle Campagne. La campagne pour la révision du procès Dreyfus commence à la fin de 1896 avec la publication d'une brochure de Bernard Lazare. En mai, Zola avait consacré un de ses articles du Figaro (« Pour les Juifs ») à condamner l'antisémitisme. La campagne en faveur d'Alfred Dreyfus s'amplifie à la fin de 1897 avec la dénonciation publique d'Esterházy. Zola soutient les « dreyfusards » par trois articles dans le Figaro (25 novembre, 1er et 5 décembre 1897).
   Il a abandonné tout espoir de réussir dans le théâtre dramatique. Mais, depuis que le musicien Alfred Bruneau a mis en musique le Rêve (1891) et l'Attaque du moulin (1893), et est devenu son ami, il s'est tourné vers le théâtre lyrique, composant pour Bruneau des livrets originaux : Messidor est joué le 19 février 1897 à l'Opéra ; l'Ouragan sera joué à l'Opéra-Comique le 29 avril 1901 ; Lazare (achevé au début de 1894), Violaine la Chevelue (écrit en 1897), l'Enfant-Roi (1902) et Sylvanire ou Paris en amour ne seront publiés qu'après sa mort.

 1898-1899
Tandis que Paris paraît en feuilleton dans le Journal (en librairie : mars 1898), Zola s'engage de toute sa force dans la défense de Dreyfus. Exaspéré par l'acquittement d'Esterházy devant le conseil de guerre (11 janvier 1898), il publie dans l'Aurore du 13 janvier J'accuse, pamphlet qui dénonce les forfaitures commises ou couvertes par l'état-major pour laisser Dreyfus au bagne. Déféré devant la cour d'assises pour diffamation du conseil de guerre qui a jugé Esterházy (7-23 février 1898), il est condamné à un an de prison et 3 000 F d'amende. Cassé, le jugement est confirmé par la cour de Versailles en juillet. Mais les officiers appelés à témoigner ont prononcé des paroles imprudentes. Tandis que Zola vit exilé près de Londres (depuis le 18 juillet), le lieutenant-colonel Henry, principal accusateur de Dreyfus, convaincu de faux, est arrêté et se suicide dans sa cellule du Mont-Valérien. Le mécanisme de la révision se met en mouvement. Deux jours après la cassation du procès de 1894, Zola rentre à Paris (5 juin 1899). Jamais le jugement qui le condamnait ne lui sera signifié. À l'issue des débats d'un second conseil de guerre (Rennes, 7 août-9 septembre 1899), Dreyfus est de nouveau condamné, mais presque aussitôt gracié. Zola proteste dans l'Aurore contre l'iniquité du jugement de Rennes, puis, l'année suivante, contre l'amnistie, qui renvoie dos à dos innocents et coupables. En octobre 1899 paraît le premier des Quatre Évangiles, Fécondité, roman sur les problèmes de la natalité, écrit en Angleterre.

 1900-1902
Le vieil ami de Zola, Paul Alexis, meurt en 1901. Edmond de Goncourt est mort en 1896, et Alphonse Daudet en 1897. J. K. Huysmans, Henry Céard, Léon Hennique se sont détachés de Zola pour des raisons littéraires et politiques. En février 1901 paraît la Vérité en marche, recueil des articles sur l'affaire Dreyfus ; en mai, Travail, où Zola imagine la cité fraternelle de l'avenir dans un rêve de socialisme phalanstérien, plus inspiré de Fourier que de Marx. Dans la nuit du 28 au 29 septembre 1902, au retour de Médan, l'écrivain meurt asphyxié par les émanations du chauffage dans son appartement de la rue de Bruxelles. Accident ou malveillance ? On en a débattu, sans parvenir à une certitude. Ses funérailles ont lieu le 5 octobre. Une délégation de mineurs est venue de Denain. Anatole France, dans son discours d'hommage, prononce ces mots : « Il fut un moment de la conscience humaine. »
   En 1903 paraît Vérité, roman inspiré par l'affaire Dreyfus et par la lutte contre les congrégations. Le quatrième des Quatre Évangiles, Justice, est demeuré à l'état de notes préparatoires. En 1906 meurt Paul Cézanne, l'ami d'enfance de Zola. La même année, le jugement de Rennes est cassé, Alfred Dreyfus, enfin réhabilité, est réintégré dans l'armée. Le 4 juin 1908, un immense cortège transporte les cendres de Zola au Panthéon.

 Le romancier
L'œuvre la plus illustre de Zola est les Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale d'une famille sous le second Empire, massif romanesque qui compte vingt romans et qui parut entre 1871 et 1893. Ce n'est pas que les romans du début soient négligeables : la Confession de Claude (1865), encore sous l'influence de Musset et de Murger, les Mystères de Marseille (1867), roman-feuilleton où Zola utilise déjà la technique du dossier documentaire, et surtout Thérèse Raquin
(1867) et Madeleine Férat (1868), où la chronique de mœurs est très fortement enserrée dans les présupposés d'un déterminisme physiologique et social inspiré à la fois de Balzac, de Taine (Nouveaux Essais de critique et d'histoire), de Michelet, des Goncourt (Germinie Lacerteux). Après les Rougon-Macquart ont paru les Trois Villes, Lourdes (1894), Rome (1896), Paris (1898). Le mysticisme des foules de Lourdes, clientèle docile et pitoyable des marchands d'illusions bénites, les clés de Saint-Pierre et les intrigues vaticanes sous le règne du pape Léon XIII, les vains efforts d'un prêtre progressiste pour susciter un « aggiornamento » de l'Église, les secousses politiques et sociales de Paris au temps du général Boulanger, de l'affaire de Panamá et des anarchistes : rien, dans ces trois romans, n'a perdu de son intérêt pour le public d'aujourd'hui. Quant aux Quatre Évangiles, au titre messianique, on peut y voir une méditation, en forme de cycle romanesque, sur les grands problèmes qui assaillent la société à la veille d'un siècle nouveau, alors que le progrès accéléré des forces productives ne semble pas devoir épargner à la France une profonde crise morale : problèmes de la natalité dans Fécondité (1899), de la lutte des classes et du socialisme dans Travail (1901), de l'éducation dans Vérité (1903). Le XXe s. a fort mal répondu aux thèses et aux espérances des Quatre Évangiles. Mais ce sont trois œuvres indispensables à lire pour qui veut explorer les courants idéologiques qui parcourent la France de 1900, et aussi trois œuvres de facture curieuse, où s'annoncent des genres romanesques nouveaux, tels que le roman-fleuve ou le roman de « politique-fiction ».
   C'est cependant par l'étude des Rougon-Macquart qu'on peut le mieux caractériser les thèmes favoris, les techniques, l'art de Zola romancier. Sur le modèle de la Comédie humaine, infléchi par l'enseignement de Taine, Zola a voulu peindre « une famille qui s'élance vers les biens prochains et qui roule détraquée par son élan lui-même, justement à cause des lueurs troubles du moment, des convulsions fatales de l'enfantement d'un monde ». L'ensemble des sujets, de la Fortune des Rougon au Docteur Pascal, compose l'histoire et les structures de la société française, du coup d'État à la débâcle de Sedan (avec quelques anachronismes, notamment en matière d'histoire économique). Il compose aussi une peinture souvent cruelle, parfois émouvante, sans fards ni vaine pudeur, des mœurs et des mentalités. On peut faire confiance dans une large proportion au témoignage de Zola, qui s'est appuyé, pour écrire chacun de ses romans, sur un dossier considérable de lectures et d'enquêtes personnelles.
   Malgré la multiplicité des personnages et des situations, l'ensemble du cycle constitue un véritable système, un ensemble cohérent, organique, dans la mesure où le modèle sur lequel il est construit – le dédoublement d'une famille en deux branches complémentaires et opposées – suffit à assurer son fonctionnement. Un autre principe d'unité tient au langage symbolique et mythique, qui sous-tend la chronique et lui donne ses significations profondes, marquées par la vision du monde propre à l'auteur. L'œuvre entière est ordonnée par le double courant qui parcourt la vie intérieure de Zola, sans que le créateur et l'homme privé puissent aisément se distinguer : l'exaltation des forces de la vie (thèmes de la nature et de l'homme en travail, thèmes du rut, de la gésine, de la fécondité, de la germination) ; la hantise du néant, la conviction que tout cède, s'écroule, se dissout sous l'action inexorable de la mort (thèmes de la violence, de la destruction, du meurtre, de la bêtise, de la stérilité, de l'absurdité, de l'agonie). Les deux courants se mêlent dans les mêmes œuvres, comme on le constate aisément à la lecture de Nana, de Germinal, de la Terre, de la Bête humaine ou de la Débâcle.
   On ne peut sous-estimer la part de la méthode dans la genèse des Rougon-Macquart ; les ébauches, les plans et les notes documentaires qui précèdent chaque œuvre en portent la marque. Mais ils portent aussi la trace d'une vive sensibilité, d'un regard qui saisit sur le vif les êtres et les choses, comparable, par la manière dont il fonctionne et se traduit dans la création, au regard des peintres que Zola aimait : Manet, Pissaro, Monet, Renoir. Comme eux, l'écrivain est habile à capter le jeu des formes, des couleurs, des mouvements, des éclairages. Comme eux, il part à la recherche du « motif » et jette sur ses carnets de multiples esquisses. De là, dans les Rougon-Macquart, des centaines d'instantanés, de scènes vues, de silhouettes attrapées au vol : par exemple l'animation des boulevards extérieurs dans l'Assommoir, la foule du salon de peinture dans l'œuvre, la sortie des puits dans Germinal, la fièvre des jours de grande vente dans Au Bonheur des dames, etc. Le quotidien est happé au plus près de sa source. Rien, cependant, qui soit banalement photographique. Une vibration affective – pitié, ironie ou anxiété – ponctue chaque phrase. À chaque sensation se mêle une connotation symbolique.
   Zola romancier n'est ni un écrivain doctrinaire qui confondrait la démarche du savant et celle de l'artiste, ni le « bœuf de labour » qui exploiterait laborieusement un amas de documents livresques. La lecture des Rougon-Macquart montre à quel point se sont pénétrés mutuellement son génie intuitif et son génie narratif, la somme des expériences et le travail du langage, le spectacle du monde et l'imagination poétique, l'observation de la nature et de l'humanité et son transfert en corrélations dramatiques et mythiques, la vérité du reportage et, selon le mot du critique Auerbach, le sens du « tragique historique ».

 Le conteur
Émile Zola écrivit de courts récits en prose dès son adolescence. Son premier recueil, les Contes à Ninon, fut composé entre 1859 et 1863. Le titre et plusieurs des contes (la Fée amoureuse, Simplice) évoquent la sylphide séduisante et gracile qui hantait les rêves de l'adolescent sous le ciel d'Aix, et qui apparaît au jeune écrivain, à Paris, lorsqu'il appelle, de son imagination solitaire, la présence apaisante d'une figure féminine. Plus tard, il réincarnera en Miette, en Albine, en Catherine, en Angélique le « rêve familier » d'autrefois. D'autres récits (le Carnet de danse, le Sang, les Voleurs et l'Âne) ne sont plus des contes de fées, même si y subsiste l'élément fabuleux : le premier ironise sur la coquetterie ; le deuxième enferme quatre paraboles sur la violence et la guerre ; le troisième raconte une partie de campagne. Les Aventures du Grand Sidoine et du Petit Médéric pastiche Gulliver et Micromégas.
   Les Esquisses parisiennes, publiées en 1866 avec le Vœu d'une morte, sont des croquis de femmes (la Vierge au cirage, les Vieilles aux yeux bleus, l'Amour sous les toits), non point de Parisiennes du grand monde, comme celle que campait un Arsène Houssaye, mais de femmes humbles, déshéritées, que Zola regarde d'un œil quasi fraternel et dessine d'un trait de crayon estompé.
   Les textes que l'on a regroupés pour les Œuvres complètes (Paris, Cercle du livre précieux, 1966-1969) sous le titre de Dans Paris ont paru entre 1865 et 1868 dans divers journaux. Ce sont autant de nouvelles « esquisses parisiennes », inspirées à Zola par ses vagabondages dans Paris, ses rencontres, ses lectures ou les faits divers : Un croque-mort, la Journée d'un chien errant, Un mariage d'amour (nouvelle d'où naîtra Thérèse Raquin), les Bals publics, le Boutiquier campagnard, Histoire d'un fou, etc. Tous ont pour décor le paysage de Paris ou de sa banlieue, où l'auteur découvre une prodigieuse réserve de spectacles et d'histoires. Son langage s'épure désormais des stéréotypes romantiques et s'enrichit de termes qui évoquent plus exactement les choses telles quelles. Mais son regard s'empreint souvent d'émotion, de sympathie fraternelle ou, au contraire, de moquerie. Ses personnages se groupent plus nettement en coquins et en victimes, et la morale devient désabusée. Dans Paris pourrait faire songer à la Rue de Jules Vallès. Ces textes valent par leurs qualités intrinsèques de vision, d'invention de langue et aussi par le plaisir que le lecteur prend à suivre Zola dans cette promenade poétique et insolite à travers le Paris de 1865. Ils permettent, d'autre part, de repérer à leur naissance des thèmes que le romancier a plus tard réemployés dans un plus vaste cadre.
   Les Nouveaux Contes à Ninon, publiés en 1874, réunissent des contes authentiques (le Paradis des chats, la Légende du Petit Manteau bleu de l'amour),
des portraits (Mon voisin Jacques, Lili, le Forgeron), des récits situés aux frontières du croquis de mœurs et de l'allégorie (Un bain, le Jeûne, les Épaules de la marquise, le Chômage), des Souvenirs, où passent tantôt la nostalgie de la jeunesse insouciante, tantôt le souvenir de scènes vues dans le Paris de la fin du règne ou de la guerre ; enfin, un texte nettement plus long que les précédents, les Quatre Journées de Jean Gourdon, rythme une vie de paysan en quatre époques, de l'adolescence à la vieillesse, parallèles aux quatre saisons de l'année : récit à la fois réaliste et symbolique, où se résument les joies, les angoisses, les chagrins, les réussites et les désastres que peut compter une vie d'homme.
   Deux recueils de contes et nouvelles ont encore paru du vivant de Zola : le Capitaine Burle (1882) et Naïs Micoulin (1884). Les récits qui les composent avaient d'abord paru dans le Messager de l'Europe entre 1871 et 1880. Le Capitaine Burle, qui donne son titre au premier recueil, porte sur la société militaire un regard dénué d'indulgence ; Comment on meurt étudie en cinq nouvelles les signes et les rites de la mort dans les différentes classes de la société ; dans Aux champs, Zola évoque les courses qu'il faisait autrefois à travers les bois et les campagnes de la banlieue ; la Fête à Coqueville est un tableau burlesque, dans la manière de Rabelais ou de la peinture flamande. L'Inondation, au contraire, évoque un cataclysme et profile au-delà du souvenir d'un fait divers un mythe du déluge, de l'étouffement par l'eau, qu'on retrouve en d'autres parties de l'œuvre de Zola. Dans Naïs Micoulin, la Mort d'Olivier Bécaille
propose le mythe voisin de l'enfouissement, de l'étouffement par la terre ; Nantas adapte et combine des thèmes de la Curée et de Son Excellence Eugène Rougon ; Naïs Micoulin, écrit à L'Estaque, près de Marseille, en août 1877, décrit de nouveau le paysage et les femmes de Provence ; Madame Neigeon et surtout les Coquillages de M. Chabre sont des vaudevilles en forme de nouvelles à la Maupassant ; enfin, Jacques Damour raconte le retour d'un communard déporté qui retrouve sa femme mariée à un autre. Les récits de ces deux recueils mêlent donc à la fois la veine fantastique, la veine burlesque et la veine chroniqueuse. Ce sont des variations sur des sujets que les Rougon-Macquart orchestrent plus largement, mais dans lesquelles Zola donne plus libre cours à ses rêveries et à ses fantasmes personnels.
   Il en va de même pour une série de textes qu'il n'a pas recueillis en volume de son vivant (sauf l'Attaque du moulin, publiée dans les Soirées de Médan, recueil collectif) et qui ont paru dans les Œuvres complètes sous le titre d'Autres contes et nouvelles. Ainsi se révèle dans toute son ampleur une œuvre de nouvelliste qui aurait suffi, à elle seule, à sauver de l'oubli le nom de Zola.

 Le dramaturge et le théoricien du théâtre
En matière de théâtre, Zola est à la fois auteur, théoricien et critique. Il a voulu trouver le succès comme dans le roman. Mais, dans ce domaine, il a échoué.
   Après la Laide, en 1865, il a composé Madeleine, drame en trois actes (d'où il devait tirer le roman Madeleine Férat). Lemoine-Montigny, directeur du théâtre du Gymnase, a refusé la pièce en avril 1866 à cause de la « crudité inadmissible » de sa donnée. Sa première œuvre théâtrale jouée est donc, en 1867, à Marseille, un mélodrame qu'il a tiré de son roman les Mystères de Marseille, en collaboration avec Marius Roux. En 1868 et en 1869, puis en 1872 et en 1873, dans le Globe, puis dans la Tribune, la Cloche et enfin dans l'Avenir national, Zola publie quelques chroniques de critique dramatique, sévères pour la pièce d'intrigue traditionnelle, à laquelle il propose de substituer le « drame humain », la « tragédie moderne », le « drame d'analyse étudiant logiquement un personnage ou un fait jusqu'au bout ». En 1873, il tente d'appliquer ses conceptions dans un drame en quatre actes tiré de Thérèse Raquin. La critique lui reproche la trivialité des personnages, la bizarrerie des situations, le réalisme macabre du langage et l'inefficacité de la construction. Zola reconnaît les défauts techniques de sa pièce, mais n'en affirme que plus nettement sa « volonté bien nette d'aider au théâtre le large mouvement de vérité ».
   Ses deux pièces suivantes, cependant, ne répondent guère à ce dessein : en 1874, les Héritiers Rabourdin, dont le thème est emprunté au Volpone de Ben Jonson, sont, de l'aveu même de Zola, un pastiche de la « vieille farce littéraire » ; en 1878, le Bouton de rose est un vaudeville léger. Les deux pièces rencontrent le même insuccès. Zola ne signera plus qu'une seule œuvre dramatique de son seul nom, Renée, adaptée de la Curée vers 1880 et représentée seulement en 1887. Pour atténuer les audaces du roman, Zola a imaginé, comme dans Nantas, nouvelle également inspirée de la Curée, que Renée a contracté un mariage blanc avec Saccard. Les spéculations de celui-ci sont à peine indiquées, et tout le fond de satire politique et sociale est comme gommé. Il ne reste que l'intrigue passionnelle, avec pour issue le suicide de Renée, fin plus mélodramatique que celle de la Curée. Sidonie Rougon est remplacée par un personnage plus pâle, Mlle Chuin. Saccard a lui-même perdu beaucoup de sa désinvolture. Comme dans Thérèse Raquin, les meilleures pages du livre – la promenade au bois, le tableau de la vie nocturne sur le Boulevard, les descriptions de Paris éventré, le bal chez les Saccard – n'ont pu passer à la scène. Malgré les qualités du découpage et la force de certaines situations, Renée
n'est que le pâle reflet d'un grand roman.
   Entre-temps, Zola s'est efforcé de faire prévaloir ses conceptions dramatiques par ses articles de critique et a collaboré avec William Busnach pour l'adaptation de ses principaux romans. Sans illusion sur la valeur littéraire de ces transpositions, il les utilise pour moderniser la mise en scène et le jeu des acteurs dans le sens d'un plus grand réalisme. L'Assommoir, Nana, Pot-Bouille, le Ventre de Paris, Germinal sont ainsi portés successivement à la scène avec un succès inégal. L'Assommoir, en 1879, est un triomphe, mais Germinal, trop long et trop chargé de matière, s'effondre en 1888. En 1887, Henry Céard a tiré du Capitaine Burle, nouvelle de Zola, une pièce en un acte, Tout pour l'honneur. La même année, un autre de ses disciples, Léon Hennique, adapte une autre de ses nouvelles, Jacques Damour. Après 1890, la propre évolution de Zola vers une conception messianique de l'art et, d'autre part, l'amitié du musicien Alfred Bruneau le conduisent à composer des livrets de « pièces lyriques » (drames, féerie, comédie, pièces en prose).
   On peut donc isoler deux périodes au cours desquelles Zola a tenté de faire œuvre dramatique originale : de 1873 à 1880 – le naturalisme d'analyse – et de 1891 à sa mort – le naturalisme lyrique. La seconde période est encore fort mal connue. Il y aurait lieu, en particulier, de rechercher ce que doit à l'influence du théâtre symboliste cette seconde carrière dramatique de Zola, si distincte de la première dans ses thèmes, ses personnages et son style.
   Les pièces composées par Émile Zola lui-même ont connu une fortune inégale. Perrette, La Laide n'ont jamais été jouées, non plus que Violaine la Chevelue et Sylvanire. Madeleine, le Bouton de rose, l'Ouragan, l'Enfant-Roi ont quitté l'affiche après quelques représentations et n'ont jamais été repris. Renée, en 1887, a été jouée trente-huit fois. Les Héritiers Rabourdin, après dix-sept représentations, ont quitté la scène. Messidor est resté longtemps au répertoire de l'Opéra à la fin du XIXe s. et au début du XXe s. Seule Thérèse Raquin, après n'avoir été jouée que neuf fois en juillet 1873, connut plusieurs reprises, d'abord en province, puis à Paris, dans les années suivantes (au Vaudeville le 20 mai 1892 ; à la Gaîté-Lyrique en 1899 ; à l'Odéon le 8 février 1905 – quatorze représentations – et le 21 mai 1910 ; aux Folies-Dramatiques en 1928 ; au Gymnase le 12 avril 1948 – soixante représentations –, dans une adaptation de Marcelle Maurette). Seule, également, elle a connu une carrière honorable à l'étranger, notamment en Allemagne, en Italie et dans les pays scandinaves.
   Parmi les adaptations au théâtre des romans de Zola, seuls l'Assommoir et Nana rencontrèrent un véritable succès. Tout pour l'honneur, après avoir rencontré au Théâtre-Libre un succès d'estime, fut joué sept fois à Bruxelles au théâtre Molière (avec la participation d'Antoine lui-même), en janvier 1888. Jacques Damour, à la fin de 1887, entra au répertoire de l'Odéon pour quelques soirées. Germinal, malgré ses démêlés avec la censure, qui en empêcha pendant trois ans la représentation (tandis que la pièce, en 1886, était jouée aux États-Unis), fut un échec complet à Paris et un demi-succès à Bruxelles, au théâtre Molière, en 1889. Les adaptations postérieures eurent une existence encore plus éphémère. Mais Nana eut plus de cent représentations en 1881 ; l'Assommoir en eut près de trois cents en 1879 ; il fut joué en province par deux troupes distinctes pendant trois mois et fut repris au Châtelet en 1885 et au théâtre de la République en 1893 ; en Angleterre, son adaptation par Charles Reade (Drink) fut jouée plus de cinq cents fois.
   La critique reprocha aux comédies de Zola leur manque d'esprit et de gaieté, et à ses drames l'incertitude de leurs caractères, la longueur de leurs tirades d'analyse, leur complaisance dans la violence verbale et la peinture outrée des névroses, leurs maladresses de construction. Parmi les plus sévères, citons Paul de Saint-Victor, Francisque Sarcey. D'autres, comme Jules Claretie, Théodore de Banville, Paul Foucher, Henri Chabrillat étaient plus indulgents et relevaient dans Thérèse Raquin la vigueur de la donnée et la puissance des effets de passion et de terreur. Mais il est certain que Zola n'a pas craint, dans ses drames, de recourir aux conventions du théâtre traditionnel, aux dépens de ses principes affirmés de vérité et de logique, et des qualités d'observateur, de peintre et de poète qu'attestent ses chefs-d'œuvre romanesques.
   Si Zola ne semble pas avoir mesuré d'assez près les difficultés qui touchaient à la forme de l'œuvre dramatique, il voulait, de toute son énergie, en renouveler la substance. Plus que par ses pièces, c'est par ses études théoriques et critiques, regroupées pour l'essentiel dans Nos auteurs dramatiques et le Naturalisme du théâtre (1881), et par ses préfaces qu'il a exercé une profonde influence sur l'évolution du théâtre et de la mise en scène après 1880.
   Pour lui, tout est faussé dans le théâtre contemporain : la scène, les goûts du public, les exigences de la critique. « Compliquer une situation d'épisodes parallèles, épicer avec quelques types pittoresques, tout brouiller pour tout démêler, mettre le public dans la confidence, de façon à ne pas lui être désagréable en le surprenant par trop », voilà la recette de la pièce bien faite. « On entasse sans le moindre scrupule les faits les plus ridicules, les impossibilités les plus matérielles. On se moque bien de l'analyse des personnages, de l'étude des caractères, de la logique de l'action générale […]. La critique dramatique en est arrivée à ne plus constater que le jeu plus ou moins bien graissé des ressorts. » Zola s'efforce de discréditer la comédie d'intrigue (Sardou, Labiche, Gondinet), la pièce à thèse (Feuillet, Dumas fils), le drame historique (Hugo et ses disciples, Hennery). Il marque plus d'indulgence pour Émile Augier. Il rend hommage à Racine et à la tragédie classique. Et il souhaite un théâtre qui se détache des personnages tout faits et des mécanismes artificiels pour revenir à l'analyse exacte des passions et reprendre la formule classique, élargie à la représentation totale et vraie de la vie contemporaine. Il réclame une action fondée sur la confrontation des tempéraments, une langue naturelle, qui soit comme un « résumé de la langue parlée », et la recherche d'une minutieuse vérité dans les décors, les costumes, les mouvements et la diction. « Le besoin du fait matériel est devenu de plus en plus impérieux. Tandis que les spectateurs d'autrefois se plaisaient à l'étude simplifiée des caractères, à la dissertation dialoguée sur un sujet, les spectateurs d'aujourd'hui exigent l'action elle-même, le personnage allant et venant dans son milieu naturel. » À cela, Sarcey, Dumas fils, Lemaitre, Weiss, Lapommeraye, critiques traditionalistes, opposaient l'impossibilité d'identifier l'art à la nature, l'impuissance de la scène à jamais dire tout ce que disent les interdits de la bienséance, les nécessités du spectacle et les lois de l'illusion scénique.
   Les idées de Zola ont inspiré Henry Becque, Lucien Descaves, Oscar Méténier, les auteurs de « comédies rosses », qui ont dépeint avec férocité les comportements de la bourgeoisie. Mais, malgré ses espérances, il ne s'est pas trouvé en France un grand dramaturge naturaliste. C'est dans la mise en scène, avec Antoine et le Théâtre-Libre, que l'action de l'auteur des Rougon-Macquart
s'est fait sentir de façon durable.

 Le critique, le chroniqueur et le polémiste
Mes haines , au titre éclatant et provocateur, est le premier recueil d'études critiques publié par Zola (1866). Il réunit des chroniques qui avaient paru en 1865 dans le Salut public de Lyon, sur Germinie Lacerteux, Gustave Doré, Proudhon, Courbet, Barbey d'Aurevilly, Erckmann-Chatrian, Dumas fils, Taine, etc. Certains de ces articles tournaient au manifeste, et Mes haines marque bien à cet égard le point de départ du naturalisme : Zola y affirme sa faveur pour les « fortifiantes brutalités de la vérité », sa confiance dans le proche triomphe de l'art d'analyse, mais aussi le rôle indispensable d'un « tempérament » personnel. D'année en année, jusqu'en 1875, à travers ses articles de critique littéraire (réunis dans les Œuvres complètes sous les titres de Marbres et plâtres, de Deux Définitions du roman, de Livres d'aujourd'hui et de demain, de Causeries dramatiques), il développera et approfondira ces thèmes, en portant sur les Œuvres de la littérature contemporaine des jugements que la postérité a généralement ratifiés. Il en est de même pour la peinture, avec ses Salons, où il proclame son admiration pour Courbet, Manet, Monet, Pissarro, Sisley, Bazille.
   Il a donné un exposé systématique de ses idées en 1880-1881 dans les volumes qui sélectionnent ses meilleurs articles de la période 1875-1880 : le Roman expérimental, où il appuie la méthode naturaliste en littérature sur le modèle de la méthode expérimentale dans les sciences biologiques ; les Romanciers naturalistes, qui étudient l'œuvre de Balzac, de Stendhal, de Flaubert, de Daudet, des Goncourt ; Documents littéraires, choix d'articles consacrés aux grands romantiques, ainsi qu'à Alexandre Dumas fils, à la poésie, à la critique contemporaine et à la morale littéraire ; le Naturalisme au théâtre et Nos auteurs dra